Le regard sur l’amour : entre lumière et ombres

Aimer, même après

Ce que la vie m’a appris sur l’amour et ce que j’essaie d’en capter avec mon appareil photo

On parle souvent de l’amour comme d’un conte de fées.
Des débuts exaltés, des “pour toujours” chuchotés, des instants hors du temps.
Et puis, la vraie vie reprend. Avec ses silences qui s’allongent, ses rendez-vous manqués, ses absences qui deviennent habitudes.
Parfois, l’amour qu’on croyait solide commence à vaciller. Et on réalise, peu à peu, que ce qu’on prenait pour de l’amour n’en était peut-être pas vraiment.
On reste par attachement, par peur, par habitude. On se raccroche à une raison d’être là, même quand tout crie qu’il faudrait partir.
On s’accroche à un “nous” qui n’existe plus ou qui n’a peut-être jamais vraiment existé comme on le croyait. 

Pendant longtemps, j’ai cru que l’amour, le vrai, se reconnaissait à sa force.
Aujourd’hui, je pense qu’il se reconnaît à sa fragilité assumée.
À la façon dont il se réinvente, se répare, évolue.
À sa sincérité.

Le divorce ou ce que l’on perd avec l’amour

Il y a eu une époque de ma vie où j’ai aimé fort. Où j’ai cru avoir trouvé mon port d’attache.
Et puis, sans que je m’en rende compte ou plutôt sans que je veuille le voir, ce port est devenu un point de départ.
Le divorce n’arrive jamais du jour au lendemain.
C’est une longue fatigue. Une succession de gestes minuscules qui ne trouvent plus leur écho.
Des conversations avortées. Des regards qui ne se cherchent plus.
Et un jour, on signe. On officialise la fin. On appelle ça séparation. Mais en vérité, c’est une chute. Une faille dans le sol.
Et personne ne te dit vraiment comment on s’en relève.

Autour de toi, on te pousse à “passer à autre chose”.
Mais l’amour, ça ne se range pas dans un carton.
Ça laisse des traces. Des questions sans réponse. Des regrets qui cognent.
Et pourtant, il faut avancer.

Être père au cœur de l’effondrement

Quand on est parent, le luxe de s’effondrer n’existe pas.
Il faut tenir debout, préparer les petits-déjeuners, sourire, raconter des histoires le soir.
Même quand on n’a plus la force de se raconter la sienne.

Aimer ses enfants avec un cœur brisé, c’est un exercice d’équilibriste.
C’est leur transmettre la sécurité qu’on a soi-même perdue.
C’est leur dire qu’on est là, toujours, même quand on vit à distance.
C’est apprendre à aimer autrement : avec patience, avec constance, avec cette forme d’amour silencieuse qui ne fait pas d’éclat, mais qui ancre.

Et dans mon travail de photographe, je le vois, ça.
Je vois les pères maladroits mais présents, les mères épuisées mais attentives.
Je vois les gestes d’amour discrets, les mains posées sur une épaule, les regards pleins de fierté.
Et j’essaie de les capturer. Parce qu’ils sont, à mes yeux, les plus puissants.

Aimer un enfant qui n’est pas le sien

Depuis peu, j’ai découvert un autre rôle : celui de beau-parent.
Un rôle sans mode d’emploi.
Un rôle où l’on donne beaucoup, souvent dans l’ombre, parfois sans retour immédiat.
Aimer un enfant qui n’est pas le sien, c’est faire le choix de l’engagement sans garantie.
C’est apprendre à être là, sans prendre la place de personne.
C’est accepter d’aimer librement, sans savoir ce que ça donnera.

Mais c’est aussi recevoir un sourire qui n’a pas de prix.
Partager un jeu, une confidence, une complicité qui se construit jour après jour.
C’est un amour discret, mais immense.

Et je pense que c’est cette tendresse-là que je cherche à saisir dans mes photos.
Pas l’amour tapageur, mais celui qui se dit dans les silences.
Dans les habitudes. Dans la fidélité d’un regard.

C’est en la voyant aimer mes enfants sans jamais chercher à prendre une place qui ne lui appartenait pas,
en respectant leurs rythmes, leurs silences, leurs hésitations,
en avançant avec délicatesse, avec patience,
que j’ai compris ce que voulait dire aimer vraiment.

Un amour qui n’a pas besoin de s’imposer pour exister.
Un amour qui accueille ce qui est déjà là, sans le bousculer.
Un amour qui se construit doucement,
dans les gestes du quotidien,
dans les regards échangés,
dans la fidélité de ce que chacun est, avec son histoire et ses cicatrices.

C’est en la regardant être là, simplement,
que j’ai saisi la beauté d’un amour qui ne brille pas toujours fort,
mais qui éclaire juste.

Camille, aimer différemment

Et puis un jour, il y a eu Camille.
Un rendez-vous presque banal, dans un pub breton.
Et pourtant, tout de suite, quelque chose d’évident.

Avec elle, j’ai compris que l’amour avait sa place.
Pas en effaçant le passé, mais en l’accueillant.
Elle n’a pas tenté de me réparer. Elle a simplement été là.
Présente, drôle, douce, entière.
Elle m’a tendu la main à un moment où je pensais que plus rien ne serait simple.

Avec elle, j’apprends un amour nouveau.
Un amour sans masque, sans rôle à jouer.
Un amour qui dit : je te prends avec tes bagages, tes doutes, ton histoire.
Un amour qui ne cherche pas à briller, mais à éclairer.

Photographier l’amour, autrement

Ce chemin personnel m’a profondément transformé.
Il a bouleversé ma manière de regarder l’autre, de regarder les liens, de raconter ce qui nous unit.

Aujourd’hui, lorsque je photographie un couple, une famille, un mariage, je ne cherche plus l’image parfaite.
Je ne cherche pas à lisser les émotions, ni à figer les instants dans une mise en scène trop lisse.

Ce que je cherche, c’est la justesse.
La vibration sincère d’un moment vécu.
Ce qui surgit quand les masques tombent, quand les corps se relâchent, quand l’émotion prend toute la place.

Je veux capter les gestes simples.
Ceux qu’on ne voit pas toujours, mais qui disent tout.

Une main qui cherche l’autre, sans bruit.
Un fou rire qui explose à contretemps, parce qu’il n’a pas besoin d’attendre le bon moment.
Un regard lancé comme une évidence, qui en dit plus qu’un long discours.

Je veux photographier l’amour dans ce qu’il a de plus humain.
Pas dans sa version parfaite ou idéalisée, mais dans ce qu’il a de vivant, de mouvant, de parfois un peu maladroit et donc profondément vrai.

Parce que ce sont justement ces failles, ces instants d’imperfection,
qui rendent une image bouleversante.
Et qui rappellent que l’amour, le vrai, ne cherche pas à être impeccable :
il cherche à être présent.L’amour n’est pas une ligne droite

L’amour, je l’ai connu sous plusieurs visages.
Celui qui élève, celui qui détruit, celui qui panse.
Et aujourd’hui encore, je continue de le découvrir.

J’ai aimé.
J’ai été aimé.
J’ai cru l’être.
Et je me suis trompé.
Mais chaque fois, je me suis relevé un peu différent.
Un peu plus humble.
Un peu plus vrai.

Et c’est cette vérité-là que je veux transmettre, appareil photo en main.
Pas pour embellir l’amour, mais pour l’honorer.
Dans sa complexité. Sa beauté brute.
Ses silences comme ses éclats.

Et vous ?

Comment votre regard sur l’amour a-t-il évolué avec le temps ?
Qu’est-ce que vous avez appris à aimer, même après les tempêtes ?
Quels gestes vous touchent encore aujourd’hui, même après les cicatrices ?

J’aime poser ces questions à ceux que je photographie.
Parce que derrière chaque image, il y a une histoire.
Et que l’amour, dans tous ses états, mérite d’être vu, entendu, accueilli.

Ce texte n’est pas un règlement de compte ni une vérité générale. C’est une tentative sincère de mettre des mots sur mon propre chemin, mes erreurs, mes apprentissages, et la manière dont je vois l’amour aujourd’hui.

Matthieu

Photographe de vie, d’amour vrai, de lumière douce et de gestes sincères.
http://www.lobjectifdematthieu.com | @lobjectif.de.matthieu

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